Le Docteur Naffet Kéita, notre collègue, notre ami, n’est plus. Il est décédé dans la nuit du 22 octobre dernier, alors qu’il se rendait à Ségou pour un séminaire sur la sécurité…

En 2006, un ancien cadre de la rébellion touarègue des années 1990, aujourd’hui conseiller à la présidence de la République, prenait l’initiative de partager sur le site Internet Kidal info, très suivi à l’époque par les Touaregs et observateurs extérieurs, un texte de Naffet Keïta : « De l’identitaire au problème de la territorialité. L’OCRS et les sociétés Kel Tamacheq du Mali ». Le partage en question, intitulé « La question touarègue analysée par un Malien d’origine Malinké », était introduit par le chapeau suivant : « J’ai décidé, au regard de l’actualité politique malienne de mettre en ligne une étude très renseignée de M. Naffet Keïta pour dire que certains compatriotes du Sud-Mali connaissent bien les Touaregs. Lisez cette brillante étude. »

En 2006, alors qu’une nouvelle rébellion était lancée dans la région de Kidal, Naffet n’était encore qu’un assistant à la FLASH, mais déjà, il était considéré comme l’un des spécialistes des régions Nord et Est du Mali, principalement des mouvements insurrectionnels menés par des Touaregs. Depuis sa thèse de troisième cycle, intitulée « Contribution à une anthropologie du pouvoir et de l’intégration nationale en Afrique : de la “rébellion Touareg” à une nouvelle nation au Mali » et soutenue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar en 1999, Naffet s’est investi sans relâche, dans les sphères académiques, auprès des opinions publiques nationales et internationales et, plus récemment, des dirigeants maliens, pour faire en sorte que la compréhension de situations complexes et le dialogue priment sur le rejet et la rupture.

C’est tout le sens de l’engagement de Naffet dans MaCoTer, un Laboratoire Mixte International qu’il aura cofondé et codirigé de février 2016 à juillet 2018. Il considérait en effet que l’Université malienne devait pouvoir répondre aux grands défis, non seulement de la paix et la réconciliation, mais aussi à ceux de l’intelligence et des savoirs qui, au-delà de la crise actuelle et des ruptures ô combien profondes dans la cohésion sociale, déterminent le devenir même du pays. Enseignant dans l’âme, il croyait avec force aux vertus d’une éducation publique compétente, exigeante mais juste, intelligente mais compréhensive, apte à faire advenir les étudiants maliens comme autant de citoyens conscients et vigilants. Chercheur infatigable, il ne quittait jamais son carnet de terrain, un « terrain » qu’il appréhendait partout et en tout temps, dans son quotidien bamakois comme dans l’Adagh, et qui l’a conduit à diriger plusieurs ouvrages collectifs et publier de nombreux articles scientifiques. Patriote enfin, au bon sens du terme – c’est-à-dire animé du souci de son pays et non de proclamer un nationalisme stérile et suspect –, Naffet a non seulement été un militant, mais il a également été Conseiller technique auprès du ministère de l’Urbanisme et des Politiques de la ville, puis à la primature jusqu’en janvier 2015, avant d’œuvrer à l’élaboration de l’Accord d’Alger et à l’organisation de la Conférence Nationale d’Entente du Mali en 2017.

En ces jours sombres, où nous portons douloureusement la perte d’un homme de bien, nous pensons tout particulièrement à son épouse Assa Traoré et à ses trois enfants Hawa, Penda et Sory.

Pour celles et ceux qui le souhaitent, une collecte de fonds est organisée à leur profit. Vous pouvez soit déposer vos dons auprès du secrétariat de MaCoTer, à Kabala, ou auprès du Centre IRD, à Hippodrome, soit nous contacter par e-mail sur le site du laboratoire : http://www.lmi-macoter.net/contact/

Gilles Holder et Charles Grémont